SuperSWOT ouvre la chasse (aux marketeurs)

La chasse aux marketeurs - credit : asifthebes
La chasse aux marketeurs - credit : asifthebes

La chasse aux marketeurs - credit : asifthebes

Moi, SuperSWOT j’ai assisté à la chasse estivale de profils marketing. Chasse au gros gibier dans les immenses forêts du marketing, façonnées par les méandres de la malpolitesse, orchestrée par un cabinet de chasse de têtes anglais aux locaux design et feutrés, mais si fâcheusement « old school » dans la manière de manager l’entretien.

M. Marketeur, chassé, se rend au cabinet

M. Marketeur se présente donc à un entretien dans ce cabinet de chasseurs de têtes, convaincu de ses capacités, ravi qu’on l’ait appelé, confiant dans sa capacité à décrocher le job qui lui avait été décrit par une chargée de recherche très professionnelle.

Parti la fleur au fusil, il va rapidement constater que ses interlocuteurs tirent à vue…

Le piège s’ouvre dès la première question : « présentez-vous » (« à vos ordres, chef ! »), avant même que le profil du poste ne soit précisé, menant M. Marketeur à une argumentation ratissant forcément large pour être certain de « tout couvrir ». Silences. (Oui, avec un S).

Vagues questions. Sourires crispés (qui ne sont pas là pour le détendre).

Longues prises de plume.

L’un deux, au débit saccadé, prend la parole pour préciser le poste. Apparemment il y a eu correction de tir entre l’échange téléphonique et l’entretien…

Moins de 10 minutes plus tard, le chassé se demande comment appuyer sa candidature alors que le profil recherché, les marques et les marchés couverts varient en temps réel au cours de l’entretien et ne correspondent qu’en partie avec ce qui lui avait été présenté au téléphone…

M. Marketeur se retrouve alors dans une inconfortable position, celle du chien largué essayant de recoller la meute…

Essayant d’y parvenir, il affronte des questions aussi imprécises que « comment vous considérez-vous ? », avant de se voir lancer, après un rapide échange en anglais un, « where did you learn english ? » avec un accent si interrogatif équivalent à « mais, pignouf, où avez-vous pu apprendre l’anglais comme cela sans être parti travailler à l’étranger ? ». M. Marketeur répond, simplement, « at school !» ; son interlocuteur, en écho et interloqué : « at school ?? »… signifiant son incompréhension. Car pour « le bon chasseur », seul un salarié ayant passé de longues années à l’étranger peut arriver à maîtriser correctement l’anglais… face à lui, un français. Il faut dire que le chasseur doit être habitué à rencontrer des pointures marketing, des gros bonnets du marketing ayant travaillé de nombreuses années à l’étranger après leur prestigieux MBA.

Et là, M. Marketeur ressent une légère amertume. Peut-être parce que son rythme respiratoire monte. D’énervement.

Amusé par la réplique, le candidat s’interroge en tâche de fond (car la chasse continue !) sur ce manque de considération. Il comprend qu’il est tombé dans une sorte de traquenard, à mi-chemin entre la chasse et l’école : il est l’enfant que l’on écoute pour lui faire la leçon, il est l’animal que l’on va achever pour ne plus lui donner l’envie de revenir…

Quand le chassé chasse ses mauvaises pensées

Quelques heures plus tard, il tire les enseignements à méditer et reconnaît que, s’il avait voulu passer les étapes de sélection de ce chasseur (heureusement, c’est le seul exemple négatif dont il pâtisse), il aurait dû être prêt à…

  • Se faire berner par l’hypertrophie des responsabilités, l’intérêt du poste, le montant du CA géré, les ambitions de la marque… Car ce chasseur a les yeux plus gros que le ventre
  • Livrer des informations (nécessaires pour expliquer son parcours, se légitimer, se positionner, etc.) qui seront réutilisées par ce chasseur pour se faire mousser auprès de son client, justifier ses honoraires de chasse, créer un fichier de profils à partir des informations que vous lui aurez communiquées
  • Etre psychologiquement déshabillé pour se faire « évaluer », pour « estimer son potentiel », « valider son matching par rapport au poste », « benchmarker son expérience ». Ce chasseur, du cor s’est mis au pipeau.

La moralité de cette histoire, selon SuperSWOT

Ce cabinet de chasse consolide un état de fait, celui de recruter sur le modèle de profils sortants.

Ainsi, il diminue ses risques d’échec et augmente inversement ses honoraires… mais ne sert aucunement la marque pour laquelle le recrutement a lieu !

Ce cabinet de recrutement, apparemment, n’est pas à même de saisir les évolutions du marketing, des marchés, des marques et de proposer intelligemment des profils différents pouvant contribuer différemment à la réussite de l’entreprise. C’est pour cela qu’il a fait parler M. Marketeur de son marché, de son métier au quotidien ; non par intérêt pour lui, mais par nécessaire formation pour lui-même, chasseur.

Merci d’être venu apporter de l’information sur un plateau.

Merci d’avoir cru que vous veniez pour un job. Vous n’étiez qu’un lièvre.



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