Bibliographie

De Blanche-Neige à Harry Potter, Bruno Humbeeck

De Blanche-Neige à Harry Potter aborde les plus célèbres contes et histoires pour proposer la solution à tous les problèmes : la résilience

De Blanche-Neige à Harry Potter aborde les plus célèbres contes et histoires pour proposer la solution à tous les problèmes : la résilience

Dans De Blanche-Neige à Harry Potter, des histoires pour rebondir, Humbeeck passe en revue les plus célèbres contes et histoires de notre enfance pour proposer la solution magique à tous les problèmes : la résilience.

La résilience expliquée aux enfants

Pour Boris Cyrulnik, la résilience est la capacité d’une personne, d’un groupe, de bien se développer, de continuer à se projeter dans l’avenir en présence d’événements déstabilisateurs, de traumatismes sérieux, graves, de conditions de vie difficiles

À quoi sert la résilience pour les enfants ?

J'ai un job dans la com', par Serge-Henri Saint-Michel

La résilience est une compétence importante pour les enfants car elle leur permet de faire face aux défis et aux adversités de la vie de manière efficace. Elle est une compétence que l’on peut apprendre et renforcer au fil du temps. Ainsi, les enfants peuvent apprendre à développer leur résilience en adoptant des attitudes et des comportements positifs face aux défis de la vie. Jeunes, ces derniers ont tout de même besoin qu’une personne leur dise qu’ils peuvent surmonter des traumatismes car même s’ils ont la capacité de passer outre le traumatisme, rebondir d’eux-même, les enfants ont besoin de l’adulte pour les aiguiller sur ce qu’ils ressentent. Par exemple, un enfant sera plus à même d’aimer un aliment si un adulte est en face de lui et dit que c’est bon. On pourrait y voir une forme de manipulation dans ce cas. Cependant, il est nécessaire de questionner l’enfant et de le guider dans sa recherche de réponse, car il n’est souvent pas capable de dire où et pourquoi il a mal quelque part seul.  L’auteur exprime l’importance de ne pas laisser l’enfant dans son coin en le catégorisant seulement comme “une personne qui a des problèmes”. Au contraire, il faut lui dire qu’il peut s’en sortir afin qu’il ne se renferme pas sur lui-même, et qu’il puisse se développer aussi bien qu’un autre enfant “sans problème”.

L’utilisation des contes pour la compréhension

Le sujet de la résilience peut être un sujet complexe pour les enfants. Et pourtant, l’auteur relève le défi. En effet, ce dernier détaille tous ses exemples en mettant en relation les problèmes communs à ce qu’un enfant pourrait rencontrer et les contes. Cette mise en relation permet à l’enfant à qui on pourrait parler de ses problèmes de mieux les comprendre, en s’identifiant aux différents personnages qui traversent ces problèmes. Les exemples viennent illustrer la pertinence de l’argument à travers un cas concret. Les contes de fées présentent souvent des personnages qui sont confrontés à des défis importants, tels que la perte d’un parent, la maltraitance ou l’abandon. Ces personnages doivent faire preuve de courage, de créativité et de persévérance pour surmonter ces épreuves et trouver leur place dans le monde. Ce choix d’exemple illustratif facilite la compréhension des arguments de l’auteur. D’autre part, cela permet aussi au lecteur de se rappeler des contes de son enfance et d’avoir une lecture différente. Les contes de fées peuvent aider les enfants à développer leur résilience en leur montrant des personnages qui surmontent des épreuves difficiles grâce à leur courage, leur créativité et leur persévérance.

Le (faux) dialogue entre l’auteur et un élève : mise en abyme

Parfaite illustration de ce qui a été dit dans la partie précédente, dans le livre, l’auteur crée un dialogue “vraisemblable” avec un élève. Tous ses propos sont imagés pour faire passer au mieux son message auprès de cet élève et auprès de nous, lecteurs. La mise en forme d’un dialogue permet de suivre plus facilement l’argumentation mise en place. C’est une mise en abyme, car le lecteur peut soit se positionner comme spectateur de l’échange, soit se mettre à la place de l’élève pour comprendre ce que l’auteur veut nous dire. En d’autre terme, cette narration en dialogue permet à Humbeeck de présenter des points de vue différents sur les mêmes idées, ce qui peut aider les lecteurs à comprendre ces idées sous différents angles. Cela peut aider à stimuler la réflexion critique chez les lecteurs et à encourager des débats constructifs sur le sujet.

La résilience est-elle vraiment nécessaire ?

Première critique du livre : l’abondance de la résilience. Ce mot galvaudé depuis quelques années est employé à tort et à travers pour n’importe quelle situation. Ici le problème qu’on pourrait rencontrer avec le propos de l’auteur est que son propos de ne pas vouloir enfermer un enfant dans sa bulle de problème ait l’effet inverse.

L’éternel besoin de rebondir : pour aller où ?

À force de marteler ce besoin de rebondir, il nous enferme dans une bulle de résilience, une pression s’installe alors sur nos épaules : il faut absolument ne pas s’attarder sur le problème et tout de suite rebondir. Au fur et à mesure des différents chapitres, l’auteur nous sous-entend quasiment un manuel de bonnes pratiques pour pouvoir être résilient. Une interprétation négative et culpabilisatrice  pour le lecteur semble être possible quant à cette liste de “bonnes” ou de “mauvaises actions”. En effet, au cours d’une première lecture superficielle, le lecteur peut interpréter cela comme une volonté bienveillante de lui faire comprendre que les “solutions” à ses problèmes se trouvent en lui et dans son histoire et sont donc plus accessibles qu’il ne le croit. Cependant, si le lecteur ne parvient pas à identifier ou à mobiliser ses ressources, la culpabilité, la dévalorisation et la comparaison peuvent alors s’installer. C’est toute la problématique des livres qui tendent vers le développement personnel. Un problème est identifié, une solution miracle est proposée, mais la personne se retrouve seule face à tout cela. Elle chemine au cours d’une auto-thérapie alors que le soutien d’un professionnel de la santé mentale aurait sûrement été nécessaire pour être accompagné dans cet exercice et pouvoir l’adapter à l’individu dans sa singularité afin qu’il soit constructif. Cette tendance part ainsi d’un bon sentiment et pourtant, elle remplace une pression par une autre. Finalement le problème est juste déplacé sur une autre étagère et un autre vient prendre sa place. Par exemple, un enfant qui se fait harceler à l’école. Si le harcèlement cesse et que l’adulte lui dit qu’il faut maintenant passer à autre chose et rebondir de cette mauvaise expérience, l’enfant est tout de même traumatisé par ce harcèlement. S’il n’arrive pas à passer à autre chose, la culpabilité de ne pas savoir rebondir va remplacer la culpabilité de se faire harceler.  Le livre peut donc poser plus de questions qu’il n’y répond. De plus, la comparaison avec les contes de fées et les films peut être problématique. Un lecteur va chercher à comparer sa situation réelle, son vécu réel, avec ceux de personnages de fiction, dont la vie a justement été écrite pour démontrer leur résilience. On compare donc des héros vivant dans un contexte précis qui leur est favorable à des gens ordinaires qui, eux, ont au contraire dû s’adapter à leur environnement et aux contraintes extérieures.

Résilience pour tous ?

Une autre critique qui pourrait être faite sur ce livre est : la résilience est-elle donnée à tout le monde ? Chaque personne est confrontée à différents problèmes à des périodes différentes de leur vie et dans des situations socio-géographiques différentes. Cette “injonction” à la résilience, si elle n’est pas perçue comme une pression, peut être perçue comme un problème de classe sociale supérieure. La résilience peut être classée parmi les besoins d’accomplissement dans la pyramide de Maslow, c’est-à-dire au sommet. Encore faut-il pouvoir arriver jusque-là. Aujourd’hui, selon l’Insee, environ 14 % des personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté. Ces personnes sont donc davantage dans la préoccupation de satisfaire leurs besoins physiologiques et de sécurité. Seule la satisfaction de ces besoins peut ensuite amener une personne à la prise en charge et à la réparation de ses blessures. Même une fois ces besoins satisfaits, le remboursement des frais d’accompagnements psychologiques est encore aujourd’hui partiellement mis en place et soumis à de nombreuses conditions. Les classes populaires et moyennes, celles qui n’ont pas forcément les moyens de financer une thérapie par un professionnel, sont donc potentiellement amenées à lire ces livres de développement personnel. Cela les obligera donc à se confronter à cette auto-thérapie dont nous avons évoqué les conséquences ci-dessus. Une autre question qui se pose est celle des enfants. Un enfant a-t-il les capacités d’analyser ses difficultés ? De se trouver résilient ? L’auteur le sous-entend. L’auteur n’hésite pas ainsi au cours de son livre à démontrer et à conseiller sur le fait qu’un enfant peut à travers les rêves et les jeux vidéos s’engager, ce qui représente une forme de résilience de sa part. Pourtant, un enfant est dépendant du milieu dans lequel il évolue, dépendant des adultes qui seront présents ou non pour lui permettre de s’exprimer et dépendant de son évolution cognitive qui ne lui permet pas, selon son âge, de comprendre totalement le monde qui l’entoure. Un adulte qui sera considéré comme ayant eu “toutes les cartes en main” étant enfant sera-t-il forcément résilient ? Il est à parier que non car la résilience sous-entend une capacité de remise en question et d’analyse de son parcours. Hors, cela n’est-il pas tout l’apprentissage effectué par les professionnels de la santé mentale pour réaliser cette analyse ?

Adoptez un livre

Un faux besoin ?

Est-ce que la résilience est nécessaire partout, tout le temps, pour tout le monde ? Encore une fois, les situations peuvent être si différentes les unes des autres que faire de la résilience un besoin universel en est presque ridicule. Ce qui compte, c’est l’accompagnement, le plus tôt possible, mais surtout lorsque la personne concernée est disponible, prête à se soigner, se guérir, en parler. De plus, la résilience peut être considérée comme un concept propre aux habitants des sociétés occidentales, et justement façonnée par ces sociétés. Les rares populations dans le monde ayant conservé un mode de vie traditionnelle n’ont peut-être pas cet objectif, du fait d’un point de vue culturel totalement différent sur la définition de l’accomplissement de soi, et d’un mode de vie plus collectif qui poussent à l’entraide et à l’implication de sa personne pour une communauté et non pas pour soi-même.On peut rapprocher le “Marché de l’âme” de Lipovetsky qui parle d’une époque “où la souffrance est vide de tout sens, où les grands référentiels traditionnels et historiques sont épuisés, la question du bonheur intérieur  » refait surface « , devenant un segment commercial, un objet de marketing que l’hyperconsommateur veut pouvoir se procurer clés en main sans effort, tout de suite et par tous les moyens”.  Ainsi, la résilience peut être considérée comme un besoin résultant du développement de l’individualisme dans les sociétés, et donc d’une attitude égocentrique. Si la résilience est alors un besoin créé, ne devient-elle pas plutôt une notion à déconstruire plutôt qu’un besoin auquel il est nécessaire de répondre ?

Un livre comme publicité pour la résilience

Les contes qui l’arrangent : l’effet barnum

Il n’est évidemment pas possible de traiter l’entièreté des contes. Simplement, prétendre qu’ils sont l’illustration parfaite de la résilience est fausse. Quelle résilience illustre la petite sirène qui abandonne sa voix pour pouvoir se marier sur terre ? De plus, de nombreux contes ont été écrits à toutes les époques et partout dans le monde. La plupart ont été transmis oralement pour expliquer le fonctionnement du monde, donner une explication aux événements passés, faire naître une leçon ou une morale à transmettre aux générations futures. Ainsi, se limiter aux contes enjolivés par Walt Disney paraît être une argumentation peu suffisante pour illustrer un processus paradoxalement qualifié de si complexe par son auteur.

Résilier la résilience : chaque caillou de la vie est-il une montagne à surmonter ?

Là encore, la vision de la vie est propre à chaque culture, à chaque époque, et à chaque personne. Le deuil, par exemple, sera vécu comme un traumatisme dans certaines sociétés, ce qui sous-entend qu’il nécessiterait que la personne affectée par ce deuil fasse preuve de résilience pour se remettre. Dans d’autres sociétés, la mort sera vécue comme une étape de la vie quasiment pragmatique. Ainsi, elle sera intégrée comme un processus normal chez les habitants de ces sociétés qui y verront une simple suite logique, et lui donneront un sens. Peut-on y voir une forme de résilience ou bien une vision de la vie qui va justement permettre que chaque évènement de la vie ne devienne pas une épreuve et ne nécessite donc pas cette résilience ?

Un livre comme une bonne pub pour un produit moyen

Tout comme le fait la communication, ce livre trouve les arguments pour faire connaître et vendre son produit. Plusieurs parallèles peuvent être faits : L’auteur identifie le besoin de son lecteur, et propose une stratégie pour y répondre. Il fait naître un intérêt, un espoir, et de nouvelles interrogations qui vont fidéliser son lecteur. Ainsi, il représente son lecteur comme une publicité représente son consommateur : en mettant des mots sur l’expression d’un besoin et en cherchant à démontrer que ce besoin est général, mais que c’est lui qui a réussi à le faire émerger. L’auteur fait rêver son lecteur : le changement devient possible, le travail sur soi est accessible. Ainsi, il le valorise, ce qui participe une nouvelle fois à sa fidélisation. À travers le dialogue avec un élève, l’auteur rend l’accès à la résilience ludique. Ainsi, il capte l’intérêt du lecteur. L’auteur vend son livre comme le produit clé qui pourra permettre au lecteur d’accéder à la résilience. Il se vend comme le livre qui vulgarise la résilience et le chemin pour la mettre en place, celui qui va presque “ridiculiser” les épreuves de la vie endurées par les lecteurs, puisque de toute façon, il détient la clé pour les surmonter. Ainsi, l’auteur détaille longuement au lecteur comment, très facilement et par quels moyens, l’engagement à travers la prise de conscience d’une injustice sociale ou la participation même symbolique à un mouvement idéaliste ou encore le fait de pratiquer une religion lui permettrait de rebondir en entretenant l’espoir.

Auteures : Salwa Bendaoud, Noémie Couppez, Eloise Dairay, Adèle Gilbert, Orianne Mauvignier, Séphora Omwes Kabong

Acheter De Blanche-Neige à Harry Potter, des histoires pour rebondir, de Bruno Humbeeck, 2015

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