Bibliographie

Les fondations du lien amoureux, Raphaële Miljkovitch

Raphaele Miljkovitch analyse les raisons du cœur et établit des ponts entre les relations vécues durant l’enfance et les relations de couple à l'âge adulte

Raphaele Miljkovitch analyse les raisons du cœur et établit des ponts entre les relations vécues durant l’enfance et les relations de couple à l’âge adulte

L’objectif de Les fondations du lien amoureux, par Raphaële Miljkovitch est d’analyser les raisons du cœur en établissant des ponts entre les relations vécues durant l’enfance et les relations de couple à l’âge adulte.

Sans toujours s’en rendre compte, les parents incarnent pour leur enfant une figure d’attachement durable. N’ayant aucune connaissance du monde qui l’entoure, ce dernier s’appuie en effet sur ses premières expériences d’attachement pour se construire une vision des autres, de lui-même et de la manière dont les relations se créent.

L’enfance fait monde

Une preuve de fatalité…

Dans cette construction, Raphaële Miljkovitch se concentre particulièrement sur la mère, une figure qu’elle considère comme centrale, mythique et intouchable aux yeux de l’enfant. Selon l’auteure, cette dernière représente son premier contact avec le monde, par ses expressions elle guidera l’enfant dans sa manière de l’appréhender et dans son estime de lui même. En fonction de ce qu’elle laissera transparaître, il interprètera une situation, un sentiment et se forgera un caractère.

Adoptez un livre

Les modèles dont il s’imprègne durant l’enfance se perpétueront inévitablement et inconsciemment à l’âge adulte, période durant laquelle il se verra d’ailleurs toujours influencé par ses premières expériences.

En effet, une fois adulte, le prisme de son enfance s’ancre suffisamment sans qu’il ne puisse s’en émanciper. La grille de lecture qu’il interpose entre lui et sa nouvelle figure d’attachement impose une vision biaisée de son•sa partenaire, agissant comme une déformation. C’est à la lumière de cette anamorphose que l’individu évolue dans sa relation. Ne pouvant s’en extirper, son comportement se résume à prolonger des mécanismes ingérés dans le passé : soit en perpétuant des automatismes comportementaux, soit en cherchant des réponses aux blessures du passé. Cette seconde hypothèse est d’autant plus évidente du fait qu’il choisira un•e partenaire propice lui permettant d’appliquer des modèles intériorisés très tôt. Par exemple, l’enfant dès son plus jeune âge peut être amené à intérioriser ses sentiments, ses émotions, et ceux de façon plus ou moins importante selon la réaction de la figure d’attachement. Cette intériorisation peut l’amener à manquer de spontanéité, et par ce biais manquer de naturel avec ses partenaires plus tard.

… et de fidélité

Dans tous les cas, son attitude relève d’une haute fidélité envers ses premières expériences, et donc envers lui-même. L’individu agira d’ailleurs bien plus en faveur de cette auto-fidélité qu’envers une pleine compréhension des intérêts de l’autre. Mais ce, par défaut. En effet, il s’agit ici d’une fidélité qui est perçue comme subie et inévitable car l’ensemble des biais cognitifs sont inconscients et systématiques. La distorsion qu’ils entraînent écarte l’individu d’une pensée logique et rationnelle vis-à-vis de la réalité. Ils le paralyse dans sa réflexion et l’inhibe complètement des solutions raisonnables qui pourraient être à sa portée pour apaiser les points de friction de son couple.

Les confrontations naissantes apparaissent alors comme de bonnes opportunités de confirmer sa vision du monde et son rapport à l’autre. Par le biais de confirmation, elles peuvent conforter de réelles prises de position. Comme l’explique l’auteure, il est d’autant plus difficile de s’en détacher lorsque les figures d’attachement de l’âge adulte incarnent les sujets parfaits, ceux en lesquels nous pouvons transposer une figure familière, un vécu marquant et se jouer des stratégies d’attachement déjà adoptées dans l’enfance.

En se heurtant à l’autre, c’est un passé ravivé et des mécanismes irrationnels que nous confrontons et imposons à l’autre. La relation en ressort tâchée. Se pose alors la question de la nécessité de réitérer ces mécanismes. Il s’agit d’un paradoxe qui prend racine dans l’enfance, à un âge où les besoins physiologiques doivent être soutenus par la mère, sans laquelle la survie est impossible. A l’âge l’adulte, il n’est cependant plus question de relation vitale mais paradoxalement, le comportement des sujets suit comme si c’était le cas. Un réel recul de la situation semble nécessaire à la survie, cette fois-ci, du couple et d’une relation stable mais il est d’autant plus difficile de procéder à une prise de conscience globale lorsque les deux concernés sont prisonniers de leurs biais cognitifs respectifs.

L’attachement dans la publicité

Le planneur et l’enfant

Dans ce livre, Raphaële Milkovitch nous interpelle sur l’importance du lien avec la figure parentale et ses conséquences. Dans son sens, la famille constituant le premier lieu de socialisation de l’enfant, son rapport à la marque est d’abord influencé par cette dernière. Ce lien va dépendre dans un premier temps de la relation de l’enfant à ses parents et dans un second temps de celle de ses parents à la marque.

L’enfant envisage la publicité comme un vrai spectacle, il en fait une interprétation bien particulière et cherche à y retrouver les ingrédients d’un quotidien familier, animé, coloré, musical… De ce fait, il va intégrer pleinement le produit valorisé dans son récit et la marque deviendra source de sensation agréable. Dans cette optique, le premier levier pour fidéliser un enfant sera de créer et d’entretenir une relation de connivence et de sympathie avec la marque. Ainsi, la marque pourra se référer au vécu des enfants en stimulant tout ce qui relève de l’aspirationnel (Fanta reprenant l’envie universelle de grandir, inhérente à l’enfance) ou plonger l’enfant dans un univers stimulant incarné par un héro (les goûters épiques de Prince).

Face à cette sensibilité et cette imagination qui leur sont propres, les enfants deviennent des consommateurs réceptifs. Pour une marque, les atteindre à cette période revient à construire une relation durable et complice sur le long terme. Il est donc important de communiquer auprès de ce très jeune public afin de créer un lien à vie. Une fois adulte, le consommateur devra être sollicité par la nostalgie. La compréhension de l’environnement passé, à la fois familial, amical, scolaire… sera primordial pour la marque souhaitant jouer des codes de certaines époques pour raviver des souvenirs et de l’émotion.

Une analogie interchangeable

Il est intéressant de noter que par analogie, les explications de Raphaële Milkovitch concernant les postures et stratégies adoptées sont tout à fait applicables aux relations marques-consommateurs.

D’une part, la marque mère s’impose comme une réelle figure d’approvisionnement, répondant aux besoins de son consommateur. Elle le guide, l’informe, le rassure et apporte un soutien aux préoccupations quotidiennes. S’il n’est pas question de “survie” comme lors des premières années de vie d’un enfant, la marque lui apparaît tout de même comme indispensable car c’est elle qui le nourrit, le sécurise, le soigne… Elle peut être considérée comme une réelle figure d’attachement pour le consommateur.

D’autre part, la marque peut également et parallèlement incarner l’enfant sous un angle plus stratégique. Son attachement au consommateur lui est vital car sans consommateur, elle se meurt. Les systèmes d’attachement mis en place pour capter l’attention relèvent d’autant de compréhension de l’autre que lorsqu’il s’agit d’un enfant vis-à-vis de sa mère : il peut s’agir selon les problématiques rencontrées mais surtout selon l’attitude du consommateur, de stratégie de dépendance le besoin d’attachement de la marque y est explicite. C’est le cas pour les associations ou ONG qui ne survivent que sous la protection du consommateurs, elles ont besoin du donateur pour exister, comme une mère qui n’existerait que pour son enfant. Et à contrario les stratégies masquées le besoin d’attachement est détourné pour laisser place à une certaine spontanéité de la part du consommateur.

Lutter contre « les fondations du lien amoureux »

L’illusion du choix

“La relation de couple est une occasion de vivre des émotions bien plus intenses que celles qu’on connaît habituellement. Elle peut inquiéter en raison de l’enjeu affectif qu’elle comporte. Le sentiment amoureux peut se mêler à celui de la dépendance. En cela, l’expérience amoureuse entraîne une relative perte de maîtrise sur sa propre vie. Le sentiment de bien-être devient tributaire de l’autre”, Chapitre 3. Avoir un contrôle dans la relation affective.

Cet extrait montre sa vision de l’amour par l’auteur. Le couple idéal est ici vu comme étant passionné, intense, quitte à en perdre la raison et à complètement s’abandonner à l’autre. Il est intéressant de voir que ce type de discours peut être similaire à celui de la société de consommation.
Et en effet les normes et les valeurs que véhicule la société tendent à nous montrer que le développement personnel passe par ces notions. Bourdieu expliquait que nos désirs ne sont pas des produits de notre propre conscient mais sont socialement construits. Aussi, lorsque l’on pense être indépendants, suivre ses envies soudaines et choisir librement, en vérité ils représentent les voix de la société qui raisonnent dans nos têtes.

« Le couple est une chose très bizarre. On indique aux autres qu’on est ensemble. » Lucchini évoque dans cette citation, l’absurdité d’un couple privilégiant la perception que se font les autres au sujet de leur duo, à leur propre relation. En souhaitant être reconnu comme un tout, la perte d’identité au profit de “l’ensemble” est notable. Cela s’inscrit dans la lignée de Pascal et de son 1+1 = 2 : lorsqu’on est en couple nous ne sommes pas censés “former qu’un”, cela voudrait dire que l’un des deux partenaires s’efface au profit de l’autre alors qu’il devrait idéalement s’épanouir au sein de la relation amoureuse et dans l’apprentissage de lui-même.

Celui qui contredit Céline

La connaissance de soi… Voilà ce que l’on peut entendre lorsque le sujet du couple est abordé : “Tu sais l’amour au fond, c’est la rencontre de l’autre mais surtout de soi-même”. Bien qu’il témoigne d’une réelle niaiserie pour certains, ce proverbe fait sens : la première relation amoureuse d’un individu et toutes celles qui suivront lui permettent de mieux se connaître, il s’y rencontre, ce qui signifie qu’il se révèle en partie à lui-même.
Si ce livre nous permet d’observer l’individu par le prisme de son passé, que fait-il de l’apprentissage que représente le couple ? Comme on dit, certains ne retiennent jamais la leçon et sont capables de reproduire le même schéma à l’infini, parfois prêts à tout pour la survie de ce schéma, quitte à risquer leur propre bonheur…

Mais aucun ne veut être celui qu’Einstein définit comme fou « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». Alors qu’en est-il de ceux-là ? Ceux capables d’être rebelles à leur propre nature ? Ceux animés par des révélations ? Ceux qui ouvrent grand les yeux ? Une fois cette prise de conscience faite, il n’y a pas de retour en arrière possible, ils ont désormais le choix. Le choix, un concept censé tuer la fatalité, car son essence propre est d’offrir plusieurs issues. Un film en particulier illustre bien ce concept, Mr. Nobody de Jaco Van Dormael, dans lequel un jeune garçon, confronté à un choix complexe, décide de ne pas choisir et se destine à pleins de futurs possibles. Tant qu’il n’a pas choisi, tout reste possible.

Dans notre démonstration, se libérer et avoir le choix se traduit par bien des choses : tout plaquer et repartir de zéro, consulter des experts afin de s’aider dans l’émancipation du passé et la prise de conscience, ou tout simplement communiquer de manière rationnelle et honnête avec son partenaire. Toutes les actions permettant de rompre le schéma et de faire évoluer sa grille de lecture permettront d’être plus épanoui et de comprendre dans quelles mesures les expériences nouvelles de la relation de couple peuvent prendre le pas sur les constructions du passé.

Cependant, selon l’auteure, les apprentissages et changements progressifs qu’induisent les relations de couple restent relatifs et cela n’efface pas pour autant tous les ancrages de l’enfance. Au fond Céline Dion a peut-être raison : “on ne chaaange pas”.

Mais nous rêvons tous de sortir d’un avenir affectif prédéfini et d’être celui qui contredit Céline. Pour cela, il faudra se poser une question essentielle : sommes-nous réellement capables de remettre en question et de dépasser ce qui fonde notre rapport aux autres depuis toujours ?

Auteurs : Eléonore Biberon, Sacha Dahan, Emma Gendron, Léa Moquet

Acheter Les fondations du lien amoureux, Raphaële Miljkovitch (2009)

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Lire notre dossier : Les auteurs du XXIe à dévorer cette année

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