Bibliographie

Sociologie de la famille contemporaine, François de Singly

Chronique de Sociologie de la famille contemporaine. François de Singly décrypte l’évolution de la famille dite "moderne"

Chronique de Sociologie de la famille contemporaine. François de Singly décrypte l’évolution de la famille dite « moderne »

Professeur et sociologue français, François De Singly s’intéresse à la famille, au couple, à l’éducation, à l’enfance et l’adolescence ainsi qu’au rapport entre les genres. Auteur de plusieurs travaux sur ces domaines, nous nous sommes penchés sur la sixième édition de son ouvrage Sociologie de la famille contemporaine dans lequel il décrypte l’évolution de la nouvelle famille dite « moderne ».

Dans l’introduction de son étude, il rappelle ce qui est considéré jusqu’à lors comme une famille “traditionnelle” et en fait la distinction avec celle qualifiée de « moderne ». Selon L’INSEE, la première étant la représentation d’un couple hétérosexuel vivant avec leurs enfants. La seconde vient s’opposer à cette idée. Elle est illustrée par les familles monoparentales ou recomposées et liées ainsi à la séparation. Non-adepte de cette perception, De Singly s’en écarte pour se concentrer sur la nature des liens qui unissent les membres de la famille plutôt que sur les éléments composant sa structure.

Variété des familles contemporaines

Dans son ouvrage, il peint et analyse alors la famille contemporaine qu’il définit comme “la création d’un cadre de vie où chacun peut se développer tout en participant à la vie commune et au soutien des autres”, elle délivre une “sollicitude personnelle ». À partir de ce principe, l’auteur soulève qu’il est essentiel de visualiser la famille d’aujourd’hui comme étant ancrée comme dans une société individualiste et dont les membres se définissent avant tout par eux-mêmes. L’éducation que perçoit un enfant peut toutefois faire varier cette réflexion.

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De Singly explique que notre esprit et l’idée que l’on se fait de la famille sont façonnés par l’Etat, notre histoire personnelle, les films, les romans mais également par l’Église qui affiche l’idée d’une famille stable. L’image que l’on a de la famille est alors différente pour chacun et varie au fur et à mesure du temps et des tendances culturelles.

La famille moderne s’oppose à la famille traditionnelle en commençant par le droit à un mariage amoureux pour se créer une famille dans une atmosphère affective. La famille traditionnelle laissait le droit à un mariage souvent forcé avec un couple hétérosexuel et des enfants. Or, la première phase de modernité débutant au XIXème siècle et prenant fin en 1960, suggère le mariage comme une institution donnant le droit au bonheur et non uniquement, à celui de faire des enfants, de s’élever socialement et d’assurer son avenir. Sur le même chemin de la création de la famille moderne, le mariage civil accorde l’acceptation du divorce par le consentement mutuel en acceptant l’idée que si l’on est plus heureux, on peut se séparer. Ce changement principal remet en cause complètement cette logique de groupe et prouve que l’on peut s’épanouir seul. Nous sommes donc passés d’une famille contemporaine où la valeur principale était l’honneur, où nous devions quoiqu’il en coûte être un défenseur de son honneur familial, à la famille moderne, où la logique de solidarité familiale est plus plébiscitée et chacun se doit de soutenir ses pairs.

Après cette première phase est apparue la seconde phase de la création de la famille moderne qui vient encore plus loin dans l’abolition des codes familiaux. De nouvelles normes sont arrivées permettant notamment d’approfondir les principes d’individualisation. En effet, on observe l’émergence de nouvelles attentes des individus sur la volonté d’avoir un lien à sa famille plus souple et qui ne vivent donc pas comme une contrainte. Les individus veulent alors faire en sorte de concilier leurs personnalités et le collectif. Le lien social collectif peut être vécu sainement lorsqu’il respecte les individus individualisés. En revanche, il convient de préciser, comme De Singly s’y attache, que l’individualisation des personnalités ne veut pas dire que les personnes aiment être seuls mais plutôt qu’ils aiment être libres et avoir plusieurs appartenances et non être liés par un lien unique à la famille. La diversité des liens sociaux entretenus par les individus permet de créer un ensemble qui fera tenir chaque personne en société. Chaque individu bénéficiera de plusieurs appartenances, de plusieurs places et de plusieurs groupes qui lui permettront de se forger une identité émancipée.

Découlant de cette idée, le féminisme va marquer le passage de la “famille moderne une” à la “famille moderne deux”. Par ce mouvement, les femmes vont manifester leur besoin d’indépendance et d’autonomie.
Ce processus d’individualisation permet de se désaffilier de tous ses idéaux familiaux et de se construire une identité personnelle. Comme le souligne De Singly, le bonheur individuel va être priorisé face au bonheur collectif de la famille.

Finalement, le tout se joue dans l’individualisation et la manière dont elle est perçue, est-elle libre ou contrainte ? Pour l’auteur, la famille moderne a pour ambition de devenir “Un “nous” qui sache respecter les “je” dans leur liberté et dans leur identité complexe. Un lien qui sache unir, sans trop serrer”.

La publicité, reflet fidèle des études sociologiques familiales ?

Aujourd’hui, la famille est l’un des principaux vecteurs dans les campagnes de communication sur lesquelles les marques misent. Des marques grands publics, aux marques premium en passant par les marques plus luxueuses, toutes tablent sur l’esprit familial chacune à leur manière. Face au boom de tous les sujets parentalité, bien-être de l’enfant mais sans oublier la place des parents, les annonceurs se doivent de recréer un environnement sécurisant à cette communication de grande ampleur pour cette cible qu’est la famille. Il était alors effectivement primordial d’en étudier la sociologie pour mieux appréhender sa cible et ses différences au sein d’un même segment.

Sur le principe de l’individualisation, défendue par l’auteur, les campagnes de communication se doivent d’être inclusives pour chaque personnalité de la famille afin que toutes puissent se sentir concernées. Pour exemple, dans la famille traditionnelle une femme était réduite à son rôle de mère et d’épouse. Aujourd’hui et dans la famille moderne, il faut prendre en compte qu’une femme peut être épanouie dans son rôle de mère ainsi que dans son rôle de femme mais également qu’une femme peut ne pas vouloir être mère et être heureuse ainsi, en étant en ménage ou non.

Au sens plus général, les campagnes de communication et le travail du planneur doivent s’attacher à remettre au centre de sa réflexion les individus et leurs personnalités au travers de leurs places dans la famille. Pour autant, les différents individus au sein d’une famille peuvent se compléter de part leurs différences et cela se ressent dans les campagnes et les études de cibles réalisées par les planneurs stratégiques. Des divergences peuvent devenir une force comme on le voit dans la publicité SFR qui démontre que pour le même service chacun peut exprimer sa personnalité et prendre plaisir à utiliser le service en question. Ici, l’adolescent joue aux jeux vidéos, les parents regardent un film et la fille est sur Youtube. Un seul et même service, la box internet, permet à chacun de jouir de son activité favorite au sein d’une même famille et du même foyer. Chaque individu est représenté séparément des autres et ils font chacun émerger une identité qui leur est propre.

En tant que planneur stratégique, nous ne pouvons faire abstraction des nouvelles formes de famille et les prendre que largement en compte dans toutes les campagnes de communication. Ces nouvelles familles tantôt monoparentales, tantôt homoparentales, recomposées, adoptives ou traditionnellement nucléaires doivent toutes se reconnaître dans les campagnes de communication qui ont pour vocation d’être inclusives au maximum. Elles doivent parler au plus grand nombre de personnes. Sur ce même fondement, les nouveaux genres de personnalités doivent être pris en compte. Comme la seconde phase de la famille moderne nous l’a appris, le féminisme inclut également le fait d’abolir l’idée de « surhomme » qui ancre le père dans un rôle protecteur et viril. Aujourd’hui, un homme peut avoir des moments de faiblesses, peut ne pas avoir envie d’assumer une famille et ces nouveaux idéaux sont complètement assimilés dans la société.

Bien que l’on soit dans la seconde phase de la modernité depuis 1960, au début des années 2010, les planneurs stratégiques n’avaient, pour certains, pas encore pris conscience des travaux de De Singly et illustraient une image de la famille peu représentative de ce qu’elle était, pourtant, déjà. Au fil des années et des mouvements / revendications portés par les individus, ils sont parvenus à les comprendre et à répondre à leurs besoins.
Cette évolution de l’identité personnelle des membres de la famille au travers des campagnes de communication, à par exemple pu s’observer chez Nestlé Dessert. En février 2013, l’annonceur diffusait un spot TV mettant en scène un enfant et sa mère en train de cuisiner un gâteau au chocolat pour le reste de la famille.

La mère était alors représentée en tablier, prête à répondre aux besoins de son époux. Ce dernier n’était présent qu’à la fin du spot, à table, ne demandant plus qu’à être servi. Le spot faisait ainsi valoir une tableau erroné et figé de la famille qui n’aurait pas évolué depuis les années 60. Ce n’est que tardivement, en janvier 2020, que la marque est parvenue à définir, de manière plus réaliste, différents types de famille et à représenter leurs besoins personnels via une nouvelle publicité télévisée, bien plus inclusive cette fois. Nous pouvions voir plusieurs modèles de familles (monoparentales, homoparentales) ainsi que des individus seuls réaliser chacun une préparation différente et chacun à leur manière. La baseline suivante venait appuyer ce message d’inclusion et d’individualisation : “c’est bon quand ca vous ressemble”.

Au-delà des points relevés précédemment, nous remarquons que, sur certains aspects, le planeur stratégique s’écarte de la vision donnée par De Singly et apporte de nouveaux constats sur les individus et leur rapport à la famille. C’est notamment le cas pour la notion du “coût de la séparation conjugale”. Alors que le sociologue présente le divorce et la séparation comme un manque pour les enfants (d’autorité et au niveau scolaire) dû au désengagement des hommes dans leur vie de famille, les publicités ont déjà pu démontrer que ces individus fonctionnent et se perçoivent autrement. Devenu plus que le principal apport financier de la famille, le père est aujourd’hui représenté comme soucieux du bien être de ses enfants. C’est d’ailleurs ce qu’a illustré Gillette au sein de sa campagne “Ressemblez à l’homme que vous êtes” diffusée en novembre 2020. Dans un des 3 spots nous pouvons observer un père de famille angoissé à l’idée de se rendre au spectacle de danse de sa fille, qu’il qualifie comme l’évènement de l’année.

Pour conclure, la sociologie de la famille, qu’elle soit traditionnelle, contemporaine, moderne ou tout autre, doit pouvoir aiguiller nos argumentations de planneurs stratégiques et de communicants professionnels. Elle permet d’envisager des communications inclusives dans lesquelles chacun se retrouvera. Mais bien sûr, les planneurs stratégiques que nous sommes doivent rester toujours en alerte et aux aguets des dernières actualités.

Auteures : Sarah da Silva, Lucie Delberghe, Julie Gicquel, Léna Khelifi, Laura Meister, Eugénie Nerfie

Acheter Sociologie de la famille contemporaine, François de Singly, 6e éd. (2017)

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