Le blues de la rentrée : un pipeau à pleurer ! - Marketing Professionnel e-magazine

Le blues de la rentrée : un pipeau à pleurer !

Le blues de la rentrée est un argument de thérapeute de comptoir et bassement publicitaire, insultant pour les victimes de souffrances au travail

Cet été, marketeur, marketeuse, vous avez travaillé pour… vous, enchaînant job détox, surveillance de votre alimentation (re)mise en route de votre corps par le sport, lectures utiles et futiles, rééquilibrages de toute sorte… Et voilà que la rentrée arrive, avec une évidence-platitude : les vacances sont terminées. Elles se dissipent dans le Cloud à mesure qu’apparaissent les inquiétudes de la période de rentrée au travail : les dossiers en cours, les nouveaux collègues arrivés pendant les congés, la disposition modifiée des bureaux et la mise en place du Sans Bureau Fixe dans un open space bourdonnant, le pilotage des réunions par des collègues parfois peu respectueux, la pression du conformisme, l’articulation délicate entre vie professionnelle et vie personnelle…

Le blues de la rentrée : vibrato à l’âme

Ces inquiétudes mêlent anticipations, projections, fantasmes, « plans sur la comète », résolutions (souvent difficiles à tenir, donc génératrices de tensions intérieures), éléments réels car validés par l’expérience mais fortement soumis à des biais cognitifs. Elles contribuent à des mini stress pouvant perturber le sommeil, le raisonnement et les pensées pendant les premières semaines de reprise.

La rentrée est du pain bénit pour les communicants de la psy artisanale post-estivale qui savent transformer un bobo au doigt en septicémie, des exemples épars et vérités générales, et s’appuyer sur une reason to believe mobilisant arguments et croyances saugrenus, résumables en « votre travail vous rend dépressif et vous n’êtes pas seul(e) », considération propice au développement de leur business (consultations, e-réputation, visibilité…) et de la consommation de produits (anxiolytiques, compléments alimentaires, poudres de Perlimpimpin…).

Mais, comme les années précédentes, vous saurez gérer ces désagréments et les considérer tels de petits tracas qui ne vous empêchent pas d’avancer. Vous garderez la tête froide sans suivre les injonctions de la post-modernité : je dois être organisé, mobile, agile, même, disponible, « orienté KPI », placer le client au cœur de mes actions (et m’oublier)… Non, tout ne se contrôle pas à 100% dans un objectif de performance, d’efficacité, de maîtrise !

Les angoisses et les peurs de la rentrée : une partition à travailler

Harcèlement par un pervers narcissique, bashing en entreprise, souffrance au travail ont, par contre, un fort impact sur l’individu et son entourage, génèrent des sentiments et attitudes négatifs : manque de confiance en soi, dépréciation de l’estime de soi, syndrome de l’imposteur… Ils causent des comportements irritables, sensibles, des pleurs, voire parfois un burn-out mettant en péril la personne. Ou un suicide.

Alors oui, un travail psychanalytique est dans ce cas nécessaire pour protéger l’individu, pour le rendre solide et trouver des solutions aux souffrances endurées, aux violences subies. Décemment, il ne s’agit pas alors ici de blues…

En conclusion, le blues de la rentrée vendu par certains bidouillothérapeutes est donc non seulement une prophétie qu’ils aimeraient auto-réalisatrice, mais aussi une insulte à l’intelligence des personnes, des patients, et à la souffrance, bien réelle, des victimes de violences au travail.

Auteurs : Valérie Sengler, psychanalyste, et Serge-Henri Saint-Michel, planneur stratégique

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Cet article modifie notre précédente publication du 28 août 2018.

(c) Ill. Unsplash

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